Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

29 avril 2010

Les faussoyeurs du syndicalisme

Pendant une dizaine de jours la SNCF et ses passagers étaient selon l'expression consacrée, les otages de quelques grévistes qui ont perturbé le trafic. Ce conflit était exemplaire. Il permettait de comprendre pourquoi les syndicats peinent tant à recruter des adhérents en France. Moins de 5% dans le secteur privé et de 8% dans le public. D'abord, nul n'est capable ici d'exposer le motif précis de la grève, et encore moins, bien sûr, les voyageurs. Sur son tract distribué dans les gares, les cégétistes dénoncent "les éléments transverses aux politiques socio-économiques et industrielles de l'entreprise", et ajoutent qu'ils se battent pour "des revendications spécifiques". L'obscur le dispute à l'abscon ! Difficile de mobiliser avec pareil jargon syndical pour initiés, même si la réforme sur les retraites peut toujours servir de prétexte.
Ensuite, cette grève est le fait de quelques agents de la SNCF, qui représentent moins de 5% du personnel. Elle est conduite par une poignée d'habitués de la grogne sociale émargeant à la CGT. Bernard Thibault a voulu un temps, être calife à la place du calife. Il vise aujourd'hui la direction du parti communiste. C'est dire si la défense des intérêts du personnel apparaît lointaine dans ce contexte de guerre des chefs, de règlements de comptes internes et d'ambitions personnelles. Enfin, cette grève a été l'occasion pour certains syndicats de se mesurer entre eux. Après dix jours, les cégétistes ont donné quelques signes de fatigue, les trotskistes de sud-rail ont progressé dans l'entreprise.
Ainsi va la SNCF, service public censé appartenir à la collectivité nationale mais qui fonctionne comme la propriété privée d'un quarteron de syndicalistes sans scrupule. Tel est le visage du syndicalisme dévoyé, symptôme dont la France ne s'est pas tout à fait guérie. Cela fait pourtant 60 ans que l'on se penche à son chevet mais la maladie est tenace et enkistée, c'est pas gagné d'autant plus que le malade ne veut pas se soigner.